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Bonne et heureuse année 2022

En guise de vœux, je tenais à vous partager cette magnifique lettre ouverte 

Auteur Didier Leportois

ELEVAGE D’ANIMAUX  NON DOMESTIQUES : Investir le domaine de la pensée et de la communication.

Les éleveurs sont des techniciens pragmatiques, des femmes et hommes de terrain, détenteurs d’un savoir faire associant acquis zootechniques et empirisme.

Ils aiment leurs animaux et ne parviennent même pas à concevoir que l’on assimile la façon dont ils prennent soin d’eux à de la maltraitance .Ils communiquent peu et mal en direction du grand public, réservant leurs contributions aux revues et congrès spécialisés. Ce sont des travailleurs de l’ombre qui consacrent temps, argent et énergie à une passion devenue un mode de vie. Ils connaissent les animaux comme personne pour partager leur quotidien.

Mais ils n’ont jamais investi le champ de la philosophie ou des orientations sociétales, leurs résultats et leur engagement étant suffisants à leurs yeux .

Le déclin des populations animales sauvages a renforcé leur certitude de participer à l’œuvre de la préservation par la reproduction en milieu contrôlé.

Et ils ont eu tort !!!

Dans cette époque décadente où le socle des plus solides certitudes est remis en question, où le personnel politique ne fait plus le distinguo entre ce qui relève de l’évolution favorable des sociétés humaines et ce qui n’est que du domaine de l’aberration mentale, les éleveurs ont laissé le champ libre à l’avènement du mouvement antispéciste, aléa malheureux sur le chemin d’une relation apaisée entre l’homme et les animaux.

Il y a bien longtemps ( les auteurs grecs et latins avaient déjà écrit sur le sujet) que les éleveurs savent que les animaux sont des être sensibles non seulement au sens physique et physiologique , mais également capables d’éprouver des ressentis et sentiments du même registre que ceux des humains. La différence n’est pas de nature mais de gradation.

La peur, le bien être, la fidélité, la tristesse, la joie, l’amitié ou la dépression ne sont pas l’apanage exclusif de l’humanité. Les antispecistes se sont approprié cette évidence comme s’ils venaient subitement de découvrir l’eau tiède ! Ils ont baptisé cette notion du terme de « sentience », et il faut toujours se méfier des hold-up sémantiques : lorsqu’un groupe de pensée, qui plus est extrémiste, rebaptise une notion qui relève du sens commun, c’est souvent pour s’en attribuer l’exclusivité et en détourner le sens. Ainsi, les antispecistes se sont-ils attribué le monopole de la cause animale, déniant aux primitifs que nous sommes, qualifiés de maltraitants, toute autorité en la matière. 

Sans aucune compétence pratique, en réfutant souvent les acquis scientifiques , à force de manipulations et parfois de mensonges, ils prétendent disqualifier l’ensemble des humains qui interfèrent avec les animaux dans l’établissement ou le maintient de rapports harmonieux entre l’homme et l’animal. Ils ont théorisé ce courant de pensée, publié des écrits le plus souvent biaisés par des a priori dont ils ne se cachent pas. Des communications tellement indigestes que rare est le commun des mortels qui a eu le courage de les lire jusqu’au bout, ce qui a grandement facilité la dissimulation des objectifs les plus radicaux de cette idéologie, pour ne présenter au grand public que ce à quoi chacun ne peut que souscrire : l’animal, dans ce qu’il a de commun avec l’animal-humain, à droit au respect.

« Droit » , voilà bien le point de divergence entre la pensée de ceux qui partagent leur vie avec leurs animaux  et les animalistes qui fantasment en quittant les voies de la raison .

Les premiers prônent et exercent la responsabilité , la passion, la connaissance , l’engagement pratique et la confrontation au réel ; les seconds prêchent l’abolition de toute interférence entre l’homme et l’animal, au nom de sa liberté.

Le grand public et une grande partie des éleveurs sont inconscients des pièges mortels que sous entend cette opposition. Par méconnaissance souvent, par incrédulité parfois . 

L’absurde revêt ici les couleurs de l’improbable .... et pourtant !

Et pourtant, s’appuyant sur l’élan de compassion légitime qu’inspire la cause animale à une immense majorité de nos concitoyens, la poignée d’activistes animalistes que compte notre pays à réussi à convaincre une partie de la classe politique que leurs exigences traduisaient les attentes d’une majorité d’électeurs. Peu importe l’indigence intellectuelle des interlocuteurs, la stupidité du propos, l’irresponsabilité des préconisations..... dès qu’il flaire un possible bénéfice électoral, le politicien est prêt à souscrire ! Quitte à se rendre compte après coup qu’il s’est laissé entraîner sur une voie contre productive....

L’erreur est ici de taille, car la fraction de la population qui soutient les thèses animalistes est infime ( dans les derniers sondages prés électoraux, la candidate du parti animaliste stagne dans les profondeurs du classement).

Nous, éleveurs et détenteurs, sommes infiniment plus nombreux et nul doute que les atteintes commises contre une passion qui est au cœur de nos vies, entreront en ligne de compte dans nos choix électoraux . Mais ce n’est pas suffisant ! 

Il nous faut investir d’urgence le terrain des idées et de la communication .

Conceptualiser les rapports entre l’homme et l’animal sur des bases théoriques en phase avec nos pratiques, notre éthique et notre connaissance du monde animal .

Cela doit servir de socle à l’éveil de l’ensemble des détenteurs d’animaux domestiques comme non domestiques, des pratiquants de sports impliquant l’animal ( comme l’équitation), d’un public élargi, et servir aussi d’argumentaire dans les contacts que chacun d’entre nous se doit d’engager avec les responsables politiques présents et futurs.

Nos arguments seront d’autant mieux compris qu’ils reposent sur des considérations de bon sens qui se passent fort bien d’acrobaties intellectuelles douteuses pour démontrer leur pertinence.

Les éleveurs et les antispecistes partent du même constat: les animaux sont des êtres sensibles au sens large, acceptons donc le terme de « sentients ».

A ce titre le détenteur est assujetti à des devoirs vis à vis de l’animal, là où l’animaliste souhaite lui voir accorder des droits identiques à ceux de l’animal-humain .

A ce point de la réflexion , le divorce est consommé; et j’arrêterai ici de baser mon argumentation sur une position de défense face à l’anti spécisme.

Il nous faut soutenir une argumentation positive et non par défaut. Une théorie dont le nom reste encore à inventer puisque, n’étant pas une idéologie, l’élevage n’a pas encore son « -isme »..... 

Qu’il suffisent de considérer comme postulat que l’antispecisme relève d’une aberration intellectuelle ultra minoritaire, qui n’aurait aucune voix au chapitre si elle n’était soutenue par des investisseurs fortunés qui lorgnent sur le marché du veganisme et autres circuits de consommation « verts » et tirent aussi les ficelles de quelques médias à leur solde ....

Donc, dans toutes ses interactions avec l’animal, le détenteur a des devoirs. La base de ces devoirs est le respect: respect des besoins physiologiques et également des besoins psychologiques. On nous oppose que la détention , quelle  qu’en soit la forme et la qualité, est de toute façon inacceptable et est un acte de maltraitance en elle même au motif qu’elle présuppose la privation de liberté. Mais si l’on pousse le raisonnement des animalistes jusqu’au bout, puisque l’humain est un animal parmi d’autres et qu’il est troublant de constater à quel point l’animal-humain a volontiers troqué sa liberté contre l’acquisition du confort ; pourquoi refuser à l’animal la capacité à rechercher et apprécier le même confort ? De quel droit exprimer à sa place le rejet du confort alimentaire, du confort sécuritaire, du confort sanitaire alors que l’aventure humaine, de tous temps et dans toutes les sociétés, a tendu vers cela ? Pourquoi l’animal-individu souffrirait-Il systématiquement de l’abandon d’une liberté mise au service de la dure résistance aux conditions de vies que la Nature lui impose, en échange d’un accès à des conditions de vie plus faciles ?

A nous le confort , à eux la predation, les aléas climatiques, les épizooties,la recherche de nourriture, la dégradation du milieu, les menaces sur sa progéniture et le risque d’extinction ? C’est extrêmement cynique!

La Nature est impitoyable et les animaux-humains qui ont essayé de retourner à l’état de nature ont eu des problèmes, souvent définitifs !

La vie en milieu contrôlé bien encadrée, n’est à l’évidence pas une maltraitance et les études vétérinaires qui ont été menées sur le sujet ( dosage du taux de cortisol) le confirment . C’est au contraire une soustraction aux difficultés de la vie sauvage et les animalistes sont contraints au mensonge pour tenter de démontrer le contraire.

Nous offrons des conditions de vie optimales qui sont à mille lieues de la maltraitance et l’abandon de leur liberté que nos animaux perdent  en échange leur pèse d’autant moins qu’ils sont issus de plusieurs, voire de très nombreuses générations nées en milieu contrôlé. 

J’ai parcouru le monde à observer les populations animales sauvages et très franchement, je suis certain que nombre d’individus que j’ai croisés en mauvaise posture auraient volontiers échangé leur sort contre une protection dans un de nos hôtels 5 étoiles !

Notre pays est à l’avant-garde en matière d’accueil d’animaux d’espèces non domestiques, que ce soit sur le plan législatif ou zootechnique. Les associations d’éleveurs assurent sans relâche la formation de leurs membres et la promotion de conditions d’hébergement et d’une déontologie sans failles . La traçabilité de nos animaux est assurée.

Cela Suffit. Rien ne justifie la prohibition .

Par contre, tout dans l’évolution des pressions qui pèsent sur les populations sauvages, impose le maintien de populations saines, durables et en expansion en milieu contrôlé. C’est une chance de faire échec à des extinctions prévisibles ou déjà effectives, c’est un moyen d’entretenir le lien affectif entre l’homme et l’animal, c’est un support pour l’intérêt des jeunes générations pour le monde animal en offrant un contact direct irremplaçable, et c’est un humanisme par lequel l’Homme met son avancée technologique et psychique au service des autres habitants de la planète.

Soyons fiers de ce que nous sommes : les vrais protecteurs qui se retroussent les manches chaque jour!

Éleveurs responsables